24 mars 2009

Sacs de RIZ

Un trajet en RER semblable à pléthore d'autres, lignes A, B, C, D, comme un abécédaire ferroviaire monotone et rébarbatif. Pourtant, fort de la lecture d'un livre qu'il ne quittait plus, Léonard se sentit soudain, à la sortie de son train-train, envahi par une vague implacable, ressac noir et cynique, marée glauque et délétère qui répondait à ce flux grouillant de passagers qu'il ne voyait plus comme des individus autonomes mais comme des fourmis indistinctes dans une dérisoire fourmillière humaine. Et il se souvînt de ce que lui avait dit un jour un ami bouddhiste, qui contemplait ses congénères avec un regard étrange, les voyant comme autant de sacs de riz identiques, faits des mêmes organes, des mêmes viscères, de similaires enchevêtrements de chairs et de sang, de pareils amoncèlements de replis carmin et gluants. Et Léonard, sans tomber dans cette vision déshumanisée et désespérée, se dît tout de même que tous ces êtres perdaient en humanité ce qu'ils gagnaient en masse ; cadavre.jpgla foule se déhumanise, on peut la modeler à l'envi, on peut la mitrailler, la malmener, sans trop de remords ou d'égards... L'effet de groupe requiert un effort prodigieux pour rendre sécable cette marée inhumaine, faite de sueur et de manque de subtilité et de grossièreté ; de dilution de la responsabilité. Que dire de certaines situations banales, certains soucis techniques dont il avait été témoin, comme il avait observé avec stupeur les réactions de ses semblables lors de ces incidents, réactions primitives, primaires et sauvages ? Il n'en fallait décidemment pas beaucoup pour que le fragile vernis de nos habitudes ou de nos faux bons sentiments ne vole en éclat, révélant la brutalité animale des hommes, animaux capables de penser à défaut d'être toujours pensants. Un arrêt intempestif du train, des masses humaines tentant de se frayer un passage vers les voitures bondées, des bousculades, des manques de considération, des mots qui fusent, vils et bas, des empoignades... Un retour à la barbarie originelle, qui ne nous a jamais vraiment quitté.

Qu'ils sont à plaindre, ainsi, ces gens qui ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de vivre dans un pays prospère et pacifié ! Qu'ils sont à plaindre ces gens qui hérissent par leur comportement immature et égoïste ! Qu'ils sont à plaindre ces petits dictateurs en puissance qui oublient les valeurs intrinsèques à l'Homme et qui les distinguent justement des autres animaux ! La compassion, l'amour, la solidarité... Comportements tombés en désuètude, valeurs sacrifiées sur l'autel de la performance, de l'immédiateté, du superficiel et du vain. Léonard se disait cela en suivant la file qui menait à l'escalator qui vomissait ses passagers au-dessus des quais du RER. En cas de stress ou de panique, combien de ceux-là s'entre-déchireraient et combien se piètineraient et combien se laisseraient aller à leurs plus bas instincts, court-circuitant en une fraction de seconde leur cortex au profit de leur cerveau reptilien ? Et dans des situations encore plus extrêmes, combien s'entre-tueraient et combien se tortureraient et combien abdiqueraient en un clin d'oeil leur statut d'être humain, leur sensibilité et leur compassion et leur amour, si tant est qu'ils soient ou aient jamais été en contact avec ceux-là ? Alors, oui, peut-être faudrait-il mieux considérer chacun de ces êtres comme des sacs de riz, indistincts et interchangeable, car, au bout du compte et à la fin des fins, nos os ne pourriront-ils pas ensemble dans un fatras puant, pestilentiel et identique et dérisoire ? A l'heure du Jugement Dernier, combien se retrouveront à pleurer et à s'apitoyer sur un sort qu'il leur avait pourtant été donné de maîtriser, de diriger - de conjurer ?

20 octobre 2008

Étoiles et Bergère

Le froid et la nuit l'enveloppaient d'un manteau glacé, au-dessus de lui rayonnait la pleine lune aux effets imprévisibles, et les rues, paisibles, le ramenaient à sa propre quiétude intérieure. Il allait, tranquille et serein, d'un pas assuré, redescendant la rue faiblement illuminée. Un badaud en goguette à cette heure avancée de la nuit lui aurait trouvé, sans nul doute, un air radieux, et ne s'y serait pas trompé. L'immeuble qu'il venait de quitter, comme ses semblables, était vierge de tout signe de vie, de toute loupiote trahissant une quelconque  présence humaine ; seule une ombre, postée tout là-haut, le fixait et le voyait disparaitre dans la nuit claire et frisquette. Mais cette ombre, il ne la vit point. Il ne sût qu'après qu'elle l'avait suivi du regard, d'un regard bienveillant et bon, d'un regard inoubliable, d'un regard aux reflets changeants et empli d'étoiles, qui n'avait pas à souffrir de la comparaison avec le ciel dégagé, constellé d'orbes lumineux qui s'étalaient au-dessus de sa tête à lui. Il marchait, oublieux des soucis ou des angoisses qui parfois, l'avaient taraudé bien après que le soleil se fut couché, parti de l'autre côté de la Terre, impavide et insensible aux affres des mortels qui ne pleine-lune.jpgle vénéraient plus depuis belle lurette... Lui avait trouvé son soleil, son Étoile du Berger, son point d'ancrage ; son Alpha et son Oméga, qu'il ne se lassait pas de déchiffrer, d'analyser sans répit et sans relâche.

Il marchait, et il méditait. Il méditait sur les hasards de la vie, cette éternelle pourvoyeuse de surprises que l'esprit humain associait à des bonheurs ou à des malheurs. En réalité, se disait-il, c'est notre propre esprit qui colore ces évènement d'ors lumineux ou de noir ébène ; les choses arrivent, sans discontinuer, et nous les habillons de ressentis, d'émotions, alors même que ces choses ne font qu'une chose : elles sont. Et parfois, elles sont si inattendues et si surprenantes que les lois empiriques du hasard et des coïncidences semblent bien ténues et risibles à qui les subit. Il suffit d'une rencontre imprévisible et miraculeuse, de facteurs obscurs qui se coordonnent à notre insu, pour que l'état d'esprit change, pour que la vie reprenne des couleurs, pour que notre cerveau, imbibé d'endorphines stupéfiantes se mette à voir la vie en rose, perde le nord et nous fasse déambuler, sourire aux lèvres, dans quelque rue presque désertée, oublieux des passants préoccupés qui pressent le pas et des soirs de pleine lune aux effets imprévisibles.. Et l'on navigue alors sans instruments, à vue, sans les outils technologiques qui ne font que nous couper de nos prémonitions et de nos inspirations. Et l'on retrouve le plaisir simple d'être juste soi-même, de ne se fier qu'à ses instincts et de se noyer dans des regards que l'on pensait ne jamais pouvoir trouver, et desquels l'on ne peut se détacher. Car il est des yeux qui paraissent sans fin et sans fond, et il est des sourires qui ô combien ravissent et comblent d'aise ceux qui s'y plongent. Il est des anges incarnés qui semblent avoir attendu depuis des temps immémoriaux ; et lui se demandait, en cette nuit claire et étoilée, comment il se faisait qu'un certain ange ait pu l'attendre, lui, depuis des temps oubliés, et comment il avait pu se passer de ces regards limpides et de ces sourires divins et de ces yeux rieurs... La vie réserve en effet bien des mystères.

Certainement, au-dessus de lui, les étoiles souriaient-elles aussi, de leur sourire énigmatique et omniscient, car les étoiles observaient les humains depuis des temps immémoriaux, et les étoiles avaient depuis toujours guidé les âmes perdues et les marins solitaires. Et certainement aussi, cette ombre qui s'extrayait de la nuit et de son observation discrète pour retrouver la chaleur d'une antre accueillante, certainement cette ombre se posait-elle le même genre de question. Cette ombre qui l'accompagnerait dans ses déambulations nocturnes, et dont la présence aimante le magnétiserait pour les jours à venir, pour les siècles à venir, pour toujours et à jamais. Il souriait aussi de la similitude entre les participes présents des verbes aimer et aimanter, lui qui s'était trouvé magnétisé, un beau soir, par un tour de passe-passe mystérieux, comme la vie en réserve parfois à condition de savoir saisir ces chances ponctuelles et fugitives. Mais pour l'heure, c'était lui le fugitif, qui fuyait à son corps défendant le confort ouaté et la douce chaleur de bras lénifiants qu'il retrouvait à chaque fois avec le même plaisir et un émerveillement identique, comme s'il ne les avait jamais quittés. Il fuyait, mais il reviendrait, toujours, guidé par ses amies les étoiles, et par la lune aux effets imprévisibles, qui, parfois, souriait comme lui le faisait ce soir, et comme il lui semblait qu'il ne l'avait pas fait depuis des lustres...

28 juillet 2008

Capitaine Malheureux

Mer amère. Le voilier abandonné filait sur une mer d’ébène, au gré des vents qui avaient mal tourné, et sans cap particulier. Le Capitaine désespéré était sur le pont, scrutant l’horizon à la recherche de quelque traître esquif, de quelque mauvais écueil, cramponné à la barre de son vieux bateau, barre qui le soutenait plus qu'il ne la tenait... Il balayait la surface moirée de l’océan de son regard alerte, prévenant, bon et attentif, quoique triste et humide à présent. Insensible au ponant nocturne qui frappait les voiles et son visage fermé, il veillait au grain, comme chaque soir, fixant sans relâche la crête des vagues et  le point où l’immensité de l’océan rejoint celle du ciel étoilé. Il veillait, dans les deux sens du terme : il était en veille, et éveillé, à cette heure avancée de la nuit, ne pouvant fermer l'oeil. Et l’un n’allait bien évidemment pas sans l’autre, bien que son esprit divaguât souvent, se soustrayant pour un temps plus ou moins long à la surveillance acharnée des vagues et du gros temps. Car quoi qu’il fît, son esprit sensible, trop sensible, ne pouvait se détacher vraiment d’une certaine Moussaillonne restée définitivement à quai, avec laquelle, parfois, il avait pris le large pour des traversées ô combien bienheureuses qui l'avaient regonflé plus sûrement que le noroit ne gonflait les voiles de son vieux navire.
 
Mais en ce soir de navigation à présent solitaire, le vague à l’âme s’emparait de lui, colorant d’un bleu marine délavé sa perception des flots changeants… Il était reconnaissant, pourtant, de ces instants inoubliables, et il était pleinement conscient que rien dans cette vie misérable et fragile ne dure toujours... Mais la perte était là, infrangible et sourde, et il lui semblait insurmontable d'essayer d'oublier les moments magiques qu'il avait vécu en sa douce compagnie, les cigarettes nocturnes ou matutinales, les instants de tendresse indicible, les sorties au Café des Dunes, et sa voix aux inflections aimantes qui belem.jpgs'était perdue dans l'inéluctable atténuation du désir, qu'il avait pourtant vu venir, avec lucidité et amertume et impuissance. Et son souvenir se diluait à présent dans le tanin du vieux Bordeaux et dans les volutes incessantes des cigarettes qu'il fumait sans discontinuer...
 
Car même si la Moussaillonne avait vaqué à des occupations nécessaires, à terre comme en mer, sa présence, toujours, lui avait mis du baume au cœur et avait fait passer les soirs de quart avec délice. Elle avait été comme un phare accueillant et adoré, comme une évidente balise lumineuse dans une nuit faite de solitude, de doutes, et de manque, qui le taraudait derechef, comme jamais. Baume lénifiant, présence obvie et intemporelle ; elle semblait avoir toujours été là… et à présent qu'elle ne l'était plus, la douleur et la tristesse et le désespoir s'engoufraient en lui plus sûrement qu'une voie d'eau dans la coque de son vieux vaisseau. Peut-être en effet l’avait-elle toujours été, là, même si leurs routes ne s’étaient que récemment croisées, et encore plus récemment séparées. Jamais il n'avait été plus heureux qu'au cours de ces quelques derniers mois, avant que les vents n'eussent mal tourné, avant que les cieux magnifiquement bleu n'eussent été assombris de mauvais nuages venus d'on ne sait où... Et la perte le frappait durement. Et le deuil de tant de promesses d'avenir brisées sèchement, de tant d'occasions de naviguer de conserve, que ce soit par beau temps ou dans les inévitables grains qui s'affrontent toujours mieux à deux, de ces espoirs brisés comme une bourrasque casserait net le grand mât de son vieux navire, tout cela l'emplissait d'une tristesse ineffable.
 
La Moussaillonne avait eu sa place à bord, qu’elle l’eût occupée effectivement ou non, et, que cela eût été pour une heure, pour un jour, pour une semaine ou pour un siècle, l’évidence de son existence avait marqué le Capitaine plus sûrement que les embruns et le sel ne marquaient son visage tanné et mangé par la barbe des voyageurs au long cours. Et le loup de mer se prenait de temps en temps à l’imaginer à ses côtés, comme dans un rêve transmuté en cauchemar, aidant à la barre, hissant la grand-voile et admirant avec lui, lors d'accalmies bienvenues, l’immensité irisée de cet océan infini. Quels qu’en soient les avantages, il lui semblait que sa nouvelle solitude, inhérente aux longues sorties maritimes sans équipage, lui pesait d’autant plus qu’il se savait coupé de sa moitié, qu’il l’imaginait au loin, qu’il la sentait presque contre lui et qu’il la voyait, parfois, prenant les traits d’une fantasmagorique sirène, dans le noir et la tiédeur de quelque nuit nostalgique, triste et sans sommeil…

12 juillet 2008

Le Parapluie ROSE

Ils sortirent du Métro et marchèrent à pied jusqu’à chez elle, en traversant les voies du Tramway récemment mis en service. Il pleuvait un peu, façon crachin anglais, et ils cheminaient bras dessus, bras dessous, abrités par son parapluie rose à elle, que Léonard garderait à la main, replié, une fois la pluie passée. La soirée fut belle, et la nuit était douce.

Il devait être près d’une heure du matin lorsqu’ils arrivèrent à la porte d’entrée de son immeuble, faiblement éclairée par quelque lampadaire lointain, quelque lumignon faiblard. Ils se dirent quelques mots, encore, à défaut de se résoudre à se dire au revoir, à se séparer comme ça dans cette nuit trop douce. Ils se rapprochèrent un peu plus, les yeux dans les yeux, jusqu’au point de non retour, que chacun avait deviné tapi dans l’obscurité de cette rue peu passante. Une légère hésitation le prit, mais en réalité tout le processus avait été enclenché bien avant, au moment même où il lui avait demandé ce qu’elle faisait en cette soirée fatidique, au moment même où il l’avait arrêté dans la rue ; le matin même...

Leurs lèvres, soudain, se touchèrent. C’est elle qui le foudroya en premier. Choc électrique à n’en plus finir. Stupeur et tremblements incontrôlables. Plus le temps de se poser des questions ; plus le temps de réfléchir, encore moins celui de voir venir. Le cortex avait été court-circuité, déjà. Il n’eut qu’à se laisser aller, qu’à suivre ses émotions, qu’à se laisser porter par cette déferlante de bien-être qui venait en contrepoint du vague à l’âme qu’il avait pu éprouver dernièrement. Léonard ressentait ce besoin infini de tendresse, qui se trouvait comblé, là, comme jamais il n’aurait pu l’imaginer. Il se dit in petto qu’il n’en revenait pas du plaisir qu’il prenait à serrer ses lèvres contre les siennes, à se laisser embrasser comme ça, à laisser se mélanger leurs âmes et leurs humeurs. Alors ils s’enlacèrent, se cherchèrent, se caressèrent, encore et encore. Et ils se trouvèrent, assurément. Quelle félicité oubliée ! Quel bonheur inattendu ! Comme ces sensations qui refaisaient surface lui réchauffaient le cœur et l’âme, alors qu’il se collait contre elle, et qu’elle était toujours agrippée à lui, dans cette rue peu éclairée où ils s’étaient trouvés après s’être longtemps cherchés. Le temps semblait s’être arrêté depuis des lustres, toute trace de vie autre que la leur avait disparu, et le réel se retrouvait concentré, dense et insoluble, dans ces corps fiévreux, dans ces yeux emplis d’étoiles et d’étincelles, dans cette interminable étreinte surgie de la nuit des temps…

Soudain, Léonard prit conscience du temps qui avait dû passer, et il se rendit compte avec surprise et amusement qu’il tenait toujours le parapluie rose à la main. Et ils restaient là, devant cette porte cochère, dans cette rue enténébrée dont la seule lumière provenait de ce lampadaire distant… Et ils virent passer, comme dans un rêve, quelques badauds en goguette, quelques passants pressés. Et ils ne pouvaient annihiler cette force d'attraction formidable. Leurs langues, comme mues par une volonté propre qui aurait shunté la leur, se mêlaient avec délice, et elles ne faisaient plus qu’une, de même qu’ils ne faisaient déjà presque plus qu’un. Combien de temps s’embrassèrent-ils encore, portés irrésistiblement l’un vers l’autre par la frustration de presque un mois de rendez-vous réguliers au cours desquels ils avaient beaucoup échangé, il ne saurait le dire.

Ils se séparèrent enfin, fatigués mais béats. Léonard devait rentrer chez lui. Il utilisa l’excuse de ce rendez-vous important le lendemain pour s’extraire – tant bien que mal - de ses bras qui l’enlaçaient. Au-delà de cette impression de bonheur physique, il se dit que tout cela était bien rapide : heureux de se sentir aussi désiré, oui, c’était indéniable, certain de désirer autant, à voir… Ils se dirent à très bientôt, elle voulait conserver quelque chose de lui et il lui proposa sa montre, qu’elle refusa, comme de bien entendu, puisque le temps n'avait plus d'importance.... Il rentra à pied, le cœur et le pas léger… Il lui semblait qu’il pouvait s’extraire à la gravité et qu’il survolait quasiment de ses pas le tarmac humide. Mais encore, en arrière plan, ce doute lancinant qui le taraudait. Voulait-il réellement s’engager dans une relation avec cette belle étrangère tombée du ciel comme seuls peuvent le faire les anges déchus ? L’avenir le dirait, comme il lui réserverait in fine une surprise désagréable, qui le laisserait groggy, précisément trois mois après cet élan initial, sur une plage marseillaise, lors d’un week-end enchanteur qui tournerait au cauchemar. Mais ceci, bien évidemment, il ne le découvrirait avec effroi que plus tard, bien plus tard. Â son corps défendant et à son coeur défaillant...

29 mai 2008

On Guitar Street...

Au dehors il faisait frisquet, mais pas froid. Une oreille attentive à la musique, l'autre aux aguets des bruits campagnards inhabituels pour le citadin qu'il était, il s'accrochait à ces sensations lénifiantes et à la main qu'il serrait. Silence seulement troublé par quelque bruissement, quelque frou-frou de branchages abandonnés à la brise vespérale. Derrière eux, une vieille bâtisse seulement éclairée de la petite lampe qu'ils avaient laissé allumée et qui nimbait l'ancienne fenêtre d'un halo amical. Ne plus rien ressentir que l'air frais qui faisait vibrer la peau, ne plus rien penser, juste ressentir cet indicible bonheur du partage de la musique, du partage de ce moment inoubliable. Les accords de la guitare de Chris Rea faisaient se dresser les poils plus sûrement que le noroit qui faiblissait à cette heure avancée de la nuit... Les yeux mi-clos, il contemplait avec béatitude la fumée grise de sa cigarette qui se dispersait en fines volutes, vite disséminées par les courants d'air nocturnes. Ils devaient bien être seuls au monde, à cet instant précis ; au dehors, il faisait frisquet, mais pas froid. Pas une âme qui vive aux alentours, juste une ombre aperçue rodant à quelques encablures de l'entrée de la vieille bâtisse. Quelque chien errant, quelque renard en goguette, sans doute. Rien qui ne 384140996.jpgpût perturber la félicité qu'ils ressentaient, seuls en pleine campagne, la tête vidée des soucis urbains, l'esprit à la dérive.  Abandon des coeurs et des corps. Rien d'autre que la douce caresse de cet avenant zéphyr, la douce caresse de cette peau étrangère et pourtant si connue. Le temps, certainement, avait dû s'arrêter. Les étoiles avaient dû stopper leur course folle ; leurs têtes n'avaient pas besoin d'elles de toute façon pour tourner plus sûrement que le plus fou des manèges...
...
On eût dit qu'ils avaient toujours été là, enlacés depuis la nuit des temps, que la voûte céleste avait toujours été au-dessus d'eux, témoin bienveillant d'un bonheur immaculé. Nul besoin d'avoir gardé une trace tangible de ces instants magiques, car ceux-là s'imprimèrent naturellement dans son esprit, en première place, à la lettre A, afin de devenir accessibles à tout moment, de pouvoir ressurgir à la demande ou bien encore d'affleurer à la surface de ses souvenirs à l'instant où il s'y attendrait le moins. D'autres guitares, David Knopfler qui envoûte de sa voix suave, une semblable émotion, l'identique crispation d'une main si familière. Et toujours ces chères étoiles, au-dessus d'eux, accrochées à la voûte du ciel sombre comme à la prunelle de ses yeux à elle. La grande clepsydre du temps s'était enrayée, certainement ; comme un grain de sable malheureux peut contribuer au bonheur de deux êtres ! Au dehors il faisait frisquet, mais leurs corps accolés les préservaient de tout refroidissement. Et les cigarettes se fumaient comme au café des Dunes, et l'écume de cet océan de bonheur les effleurait parfois, léchant la peau en y laissant un goût de sel marin, et leurs instruments perdaient le nord, et la fumée des cigarettes se parfumait d'eucalyptus et de menthe. Et jamais nuit étoilée n'aura autant ressemblé à un fragment d'éternité.

16 mai 2008

Capitaine Courageux

Ayant quitté bien malgré lui le confort et la quiétude d'un port d'attache accueillant, le capitaine d'un navire en perdition crut s'embarquer pour une longue et houleuse traversée dont l'issue était incertaine ; et il prit goût à la solitude des voyageurs au long cours, celle des marins solitaires, celle des vieux loups de mer qui finissent par apprécier davantage le silence des vastes étendues maritimes que les signaux sonores d'une vie qui les fuit… Et puis, soudain, d'une façon aussi imprévisible que le grain qui s'abattrait sur le frêle esquif ou l'impressionnant voilier, 45056386.jpgsans prévenir, par une journée plombée par un soleil insupportable ou par une nuit étoilée et noyée dans les vapeurs d'un rhum et d'une éternelle cigarette, la lueur d'un phare ami que l'on n'attendait plus, qui surplombe une terre hospitalière, se laisse percevoir. Au beau milieu d'un océan fait de larmes et de désespoir, une douce lumière apparait, presque inconcevable, presque irréelle, mais cependant aussi puissante que le tropisme qui fait se dérouter le vaisseau abandonné, que la surprise qui fait s'écarquiller les yeux du Capitaine sur le pont, une main sur la barre et l'autre accrochée à une cigarette que des vents mauvais tenteraient de consumer avant que le fumeur incrédule ne pût en profiter tout à fait…

Et le Capitaine ébahi sort les instruments de la réserve dans laquelle il les avait jadis entreposés, et il les dispose précautionneusement sur la grande table de sa cabine, et il fait le point,  fébrile, essayant de ne pas se laisser perturber par les passions et les espoirs qui affleurent à la surface de cette vie faite de solitude et de tristesse, de dérive et de manque… Il refait les calculs, trace encore et encore la route maritime qui l'a conduit là, comme par miracle ; il revérifie le compas et le sextant. Et il n'en revient pas.

10 février 2008

Bleu insondable

Il réfléchissait beaucoup ces temps-ci. Par petites touches impressionnistes, et le patchwork de ses pensées éparses se recombinait de jour comme de nuit, au détour d'un endroit familier ou d’une rue mal éclairée ; l’assemblage de ses réflexions vagabondes le surprenait toujours à un moment inattendu, lorsque son regard heurtait celui d'une belle inconnue, lorsqu’il surprenait fugitivement une étincelle de bonheur dans les yeux des passants, lorsqu’il croisait des amoureux insouciants, inconscients de ses propres fantômes, des affres de cette solitude qui le minait, doucement, insidieusement. Chaque sortie devenait une épreuve puisqu'elle délivrait forcément son lot de rencontres inopportunes, sa part de bonheur étranger et qui lui semblait si loin de sa vie actuelle. Un couple qui passait, et sa main se crispait sur quelque paquet de cigarettes, sur quelques clés tombées au fond d’une poche, sur quelque briquet glacé qui lui renvoyait comme un mauvais écho de sa propre vacuité, de sa propre misère affective. Une chanson autrefois partagée, un endroit jadis visité à deux, des souvenirs inoubliables s’immisçant à son insu dans le moment présent, et la douleur apparaissait, irrépressible et inaltérable et infrangible. Et le pas se faisait alors plus pressé, et le regard se brouillait, et les yeux se détournaient. Oh, ce n’était pas le regret d’une relation passée qui le minait à ce point, ce n'étaient pas les réminiscences amères d’un amour particulier qui ressurgissaient, bien qu’il eût connu ces sensations, déjà. Non, ce qui s’imposait à lui irrémédiablement, ce vague à l’âme nostalgique et puissant, c’était le manque d’une compagnie évidente, l’absence absolue d’amour, au-delà de tout souvenir précis ; la peine engendrée par le constat, simple et sans appel, que les rencontres fugaces ne faisaient que passer, que les regards parfois échangés seraient toujours sans lendemain. C’était ce sentiment imparable que sa vie serait à jamais privée de cette main qui serre, de ces bras qui enlacent tendrement, de ces regards étoilés inoubliables.

Ce qui faisait mal par-dessus tout, c’était l’idée que quoiqu’il pût arriver, le gouffre béant de la solitude ne saurait être comblé, que cette douleur physique ressentie ne saurait être apaisée. Que les sanglots refreinés resteraient à jamais bloqués dans l’absence d’écoute inconditionnelle, de compassion tendre et aimante. Il lui semblait que la vie avait désormais le goût amer et perpétuel du manque, que quoi qu’il arrive, une partie de lui-même le ferait constamment souffrir, comme un membre sectionné continue bien après qu’il a été coupé de faire mal, de rappeler qu’il n’est plus là, de faire prendre conscience qu’une partie de soi a disparu pour toujours et ne reviendra pas. Le spleen semble alors ne jamais vouloir disparaître, malgré tous les efforts déployés pour tenter de le repousser au-delà de la conscience, au-delà de la souffrance profonde et sourde qu’il génère. La perte semble alors submerger tout le réel, colorant de sa noirceur et de sa douleur toute autre sensation, toute autre tentative dérisoire et vaine de la masquer. Alors la vie n’a plus qu’à se dérouler tant bien que mal, jour après jour, minute après minute, tandis que l’on se raccroche à quelque minuscule fragment de légèreté, à quelque joie fugace, à quelque moment partagé, mais qui ne font que retarder le moment fatidique où le constat de solitude emplira à nouveau tout le réel, submergera derechef les frêles tentatives d’oubli, liquéfiera encore et encore toute velléité de se soustraire à ce manque existentiel. Celui-là redeviendra alors palpable, indicible et désespérant. Et la vie redeviendra invivable, et la douleur redeviendra insupportable, et les affres affolantes de la solitude réinvestiront jusqu’au prochain sursis la réalité. Et la peine sera capitale. Infinie et inconsolable.

15 janvier 2008

Bouteille à l'AMER

Nuit. Île vierge de bruit, où s’épanouissent les rêves inaboutis et les espoirs indécis ; le noir nous broie ou nous libère, nous englouti ou nous absout. Au cœur de l’immobilité, l’esprit luit et divague, le vague à l’âme s’échoue sur des plages d’infini, l’océan diurne et agité de la ville se transmute en un espace indéfini dans lequel résonnent les bruissements tranquilles des derniers Capitaines encore éveillés, des matelots debout contre vents et marées, desb74f6d9eb5f88c1b28e76caeb6f4881a.jpg marins émerveillés dont les navires silencieux et invisibles fendent une mer d’ébène, plombés de peines indicibles...

La nuit enlace sans se lasser, et dans une même étreinte, toutes les attentes désespérés des fêtards en goguette sur leur illusoire goélette, des passants décatis qui ressassent à l'envi leurs gâchis, des rêveurs invétérés et incompris. La nuit expose sans fard les manies des insomniaques accomplis, les amicales maniaqueries des estourbis de la vie, les bizarreries effarantes des profanes ébahis, et met en cale sèche les douleurs et les souffrances et les affres des anges déchus, tout comme les chuchoteries des amants éconduits. La nuit révèle aux Capitaines nyctalopes les cachoteries des Achab accablés, fait entendre les murmures qui serpentent le long des murs décrépis, amplifie les cris des amoureux blottis dans l’isolement et la douceur de l'envie. La nuit sévit, jour après jour, et nous pourchassons des lignes de fuite éclairées par un phare blafard, et nous fuyons les asymptotes symptomatiques et fantomatiques de nos vies qui se délitent ; la nuit accomplit, sans répit et sans dépit, son oeuvre silencieuse et subtile, d'anamnèse ou d'amnésie...

La pénombre mutine et muette arrache le voile de nos vies obscurcies et donne à voir nos schizophrénies. Plus de place au déni, la vérité tombe du nid, telle un oisillon transi ! Les étraves des navires nocturnes brisent les lames de fond du désespoir et noient les larmes effrontées qui, parfois, remontent des profondeurs pour venir couler, amères et salées, sur quelque joue mal rasée, sur quelque visage buriné, s’écrasant, lourdes et libérées, dans quelque verre délavé, sur quelque table usagée, maculant de leur parfum d’éternité le quotidien routinier d’un Capitaine désabusé…

Paris-Fondary - 15 janvier 2008 

14 août 2007

Sans Artifice...

En ce soir de 13 juillet, rythmé par les échos lointains d’un feu d’artifice et de pas mal de fêtes privées dont les musiques entrainantes parvenaient jusqu’à ses oreilles, un blues diffus le prit. Peu de signes annonciateurs, mais il le sentait prendre possession de ses sens. La solitude. Solitude toujours plus insupportable lorsque l’on sait que des gens s’amusent et que des couples s’enlacent et que la vie va. Il sortit de l’appartement pour prendre l’air ; cela lui ferait du bien, sans doute. Le blues était là, à présent, presque tangible. Il tentait de faire vagabonder ses pensées, de ne pas se laisser attraper, tel un gardon dans une mauvaise nasse, par les souvenirs multiples qui l’assaillaient à son corps défendant. Surtout, il ressentait cette solitude de façon plus aigüe que jamais, lui qui se pensait solitaire. Ses pas le portèrent dans quelques rues avoisinantes, où des soirées battaient leur plein. Il percevait comme dans un rêve les cris des convives qui s’amusaient, les rires des fêtards, les musiques rythmées. La vision des fenêtres allumées d’où provenaient ces rires, et cette légèreté qui lui était à présent étrangère, le frappaient plus durement qu’un poignard acéré. Poignante randonnée. Oui, cette prise de conscience subite de sa solitude brutale le désespérait.

Et il repensait à ces derniers quelques mois, à ce bonheur qu'il avait touché du doigt, à présent évanoui. Il s’était dit, en ces temps bénis, que jamais il n’avait été aussi heureux, jamais il n’avait ressenti aussi fortement cette vague douce et tiède de félicité ; il en avait alors apprécié chaque minute en se disant que ces instants précieux entre tous, qu'il savait impermanents, devraient, plus tard, pouvoir revenir sans effort à la surface de ses pensées, car ils étaient miraculeux. Mais les miracles ne durent jamais vraiment longtemps. Il ne pensait pas, alors, que le conte de fée s’achèverait si vite, ni si brutalement. Ni avec autant de souffrance. Il ralentit le pas, tenta de s’enfoncer au plus profond de cette nostalgie. Il avait l’impression que ces trois mois avaient duré des années. Il repensait à toutes les sorties qu’ensemble ils avaient faites, tous les gens qu’il avait connu… les reverrait-il un jour ? Il repensait à tous ces gestes amoureux, à ce regard étoilé inoubliable et à ce sourire indicible de Mona Lisa ; et à cette infinie tendresse qu'il n'avait pas su voir se tarir.

Tandis qu’il rentrait dans son immeuble, les yeux embués de toutes ces amères réminiscences, il s’attarda un peu dans la courette, et fuma une cigarette. Encore des souvenirs, plus anciens cette fois-ci. Il avait été heureux aussi, lui semblait-il, durant quatre années lointaines… Simplement, ces souvenirs-là étaient déjà enfouis plus profondément dans son esprit. Flashes de bonheur, mais tempérés, eux, par le fait que tout n’avait pas été sans ombres ni coups de grisou... Il se remémorait dans un demi-sourire ses sorties nocturnes (prenant pour excuse de sortir les poubelles ou chercher le chat qui prenait l’air) au cours desquelles il en profitait pour fumer une cigarette, comme celle qui se consumait à présent doucement entre ses doigts. Il se dit que les deux femmes qu’il avait le plus aimé étaient à cet instant précis très loin de lui… Mais les choses changent, inexorablement, et les moments rares de bonheur disparaissent dans les limbes du cerveau aussi sûrement qu’un feu d’artifice ayant explosé retombe à terre. Mais on ne le voit pas retomber ; on ne sent pas les souvenirs qui s’effilochent, on ne se rend compte qu'après coup que ce qui nous faisait vivre nous fait à présent souffrir. Ou pire, ne nous fait même plus souffrir. Il monta lentement les marches qui mènent au cinquième étage, et se laissa submerger par ce bonheur perdu, cette complicité interrompue, par ce vide immense et béant qui le tançait, intense et lancinant.

Paris, le 13 juillet 2007

05 mai 2007

Butineurs d'ASPHALTE...

Harassé que je suis par la température caniculaire qui règne depuis quelques jours Paris-ci, je laisse mes pas me porter ici ou là, déambulant sans but particulier, entre les hôtels du même nom et les boutiques vides, errant au hasard des rues désertées de la Capitale. Le bitume, tel une couche ouateuse sous les semelles, se mêle aux détritus et autres débris jonchant le sol chauffé à blanc, et semble s’être transmuté en une sorte de gelée visqueuse, de sable mouvant urbain ; c’est tout juste s’il ne garde pas à sa surface les traces de pas des malheureux passants égarés sur cet incandescent tarmac… Ou bien alors, comme un métal à mémoire de forme, il reprendrait son aspect original dès le pied soulevé !

 

L’on se demande s’il y a encore de l’air, n’était-ce la certitude de pouvoir toujours respirer, tellement cet air ne laisse pas sentir son passage dans les poumons. On se croit sur une autre planète. Cette sensation est renforcée par le fait que Paris, à cette période, est largement délaissé par les autochtones, qui laissent place à la horde des touristes dont le statut est trahi par leur accoutrement et leur propension à flâner un plan de la Capitale visible dans une poche aisément accessible. Les honnêtes travailleurs, eux, vont bosser la fleur au fusil ; chacun ses outils. Ce mélange des genres donne à la ville un caractère nouveau, bien que facilement reconnaissable et saisonnier, qui revient tel une plaisante rengaine, d’un été à l’autre. Les uns apprécient l’ambiance ouvertement détendue qui les dédouane de se tuer à la tâche (la chaleur y contribue déjà fort bien, merci) tandis que les autres profitent davantage encore de leur séjour, par effet de contraste avec les infortunés citadins déjà rentrés de congé ou en instance d’y être…

 

Et moi, au milieu de tous ceux-là, je souris. Je souris intérieurement, naviguant entre deux eaux, nimbé de cette aura singulière que me confère mon métier de formateur itinérant, s’autorisant à prendre son temps entre deux séances de formation. Je vis à la frontière de deux mondes, prenant le meilleur de chacun d’eux, évitant de subir leurs désagréments mutuels autant que faire se peut. De la même façon, vu le climat estival et accablant et exceptionnel qui règne en ce moment, je profite soit de salles de réunion fraîches, soit de bureaux climatisés, qui alternent avec des balades soit pédestres, soit ferrées ; des trajets soit aériens, soit souterrains. C’est lors de ces instants de transhumance que je laisse mon esprit divaguer, comme il le fait en ce moment, et que je prends davantage conscience du monde qui m’entoure, dans tous ses aspects, du plus merveilleux au plus glauque. Et l’œil impavide scrute cette vaste étendue avec équanimité et bonté. Juste garder l’esprit ouvert, les sens en éveil, la capacité intacte à s’émerveiller ou s’émouvoir d’un détail habituellement laissé pour compte. Voilà ce que représentent pour moi ces semaines d’été, lorsque le mercure flirte avec les limites de la décence, lorsque le rythme trépidant va decrescendo, lorsque la cool attitude supplante les cadences speedées auxquelles on finit par ne plus porter attention. L’antidote, pour ainsi dire, se trouve dans le poison, mais notre préférence se portera toujours sur les chimères inaccessibles, sur les objets de désir desquels on se lasse aussi vite que l’on a voulu les saisir, plutôt que sur nous-mêmes et notre capacité intrinsèque et formidable à toujours pouvoir choisir l’angle de notre regard, la couleur de notre expérience, le goût de notre prise de conscience.

 

Il n’est pas de meilleur moment pour s’apercevoir de tout cela que quand nous sommes contraints et forcés de ralentir notre marche, et, partant, de mettre en veille notre machine infernale, de laisser aller et venir les pensées, et finalement de s’ouvrir aux autres humains, aux joyaux qui nous entourent sans que nous ne nous en rendions compte…

 

Malheureusement, sur cette planète étrange et peu familière, nous ne savons rester. Nous ne pouvons nous y fixer définitivement. Nous ne sommes, au bout du compte, pas si mécontents que cela de revenir au bercail une fois notre exploration achevée. Le bonheur ne serait-il soluble dans nos vies qu’à doses infinitésimales ? Le bonheur ne serait-il supportable que si l’on sait que l’on devra s’y soustraire ? Ainsi serions-nous faits ? Ainsi la vie irait-elle ? Nous passons de l’ombre à la lumière, et de la lumière à l’ombre. Nous traversons les ténèbres pour aller à la clarté, et de la clarté nous gagnons les ténèbres. Nous alternons, tel un pendule fou, mu par un mouvement indécelable et quasi perpétuel, entre rire et larmes, entre joie et tristesse, entre vraie compassion et faux dédain. Il suffit parfois d’un peu de temps et de disponibilité, d’un peu de chaleur et de douceur pour s’en rendre compte…

 

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