30 avril 2009

Brume Divine

electicmist.jpgSamedi 25 avril 2009 - Cela faisait longtemps, peut-être par manque de films réellement intéressants, que je ne vous avais pas causé cinéma Paris-ci... En ce samedi soir d'une journée finalement pas si pluvieuse que cela, ma Bergère et votre serviteur allâmes voir le dernier film de Bertrand Tavernier, Dans la Brume Électrique. J'en subis encore l'électro-choc, mon esprit errant entre deux eaux, entre deux époques, entre 110 et 220 volts... Toutes les louanges, je crois, ont été faites à ce film magnifique et hypnotique, je ne rajouterais donc pas mon commentaire dithyrambique à cette couronne de laurier. Mais tout de même ! Déjà, l'ambiance louisianaise et la musique Cajun, ça dépayse illico presto ; la BOF est sublime, notamment le dernier morceau, qui sert d'écrin-générique à ce film brut comme un diamant précieux. L'atmosphère louisianaise post Katrina est rendue avec tout le désespoir et l'apitoiement nécessaires, et Tavernier tresse le portrait en creux et en bosses (et ça cogne parfois dur dans ce film) d'un flic taciturne et droit, laconique et éthique, sorte d'Ange rédempteur blasé par la nature des Hommes, qu'il essaye par tous les moyens d'élever au-dessus de leur condition misérable. Le flic paye même de ses propres deniers deux filles prostituées afin qu'elles rejoignent un foyer où elles seront en sécurité. Et le plus beau, finalement, ce n'est pas tant ce geste d'une profonde empathie mais le fait qu'il le fasse de façon totalement désintéressée, sans attendre ni contrepartie ni remerciements ; amour inconditionnel, donc, concept très bouddhiste (mais pas que), soit dit en passant. Lui et sa femme se comportent également de cette façon-là, que j'ai trouvé très spirituelle, très belle : ils ne se jugent pas, se comprennent et s'acceptent sans condition. Pour moi c'est la clé d'une relation solide, bien comprise et durable. D'ailleurs ce film possède indéniablement une touche très spirituelle, et la meilleure preuve en est le personnage du Général confédéré - je signale au passage que le titre original du bouquin dont estbrume-elecrique.jpg tiré le film est The Electric Mist and the Confederate Dead - qui vient régulièrement distiller sa sapience et sa sagesse au pauvre flic désorienté. J'ai aussi beaucoup apprécié ces scènes un tantinet oniriques dans lesquelles les époques se superposent, les expériences humaines se mêlent, les regards éprouvés par la dureté de l'existence se croisent, l'ensemble étant baigné d'un hâlo de profonde humanité, encore une fois. Le film, finalement, propose une expérience spirituelle plutôt qu'il ne déroule la trame (bien ficelée du reste) d'une énième enquête policière ; et n'y aurait-il qu'une investigation policière en jeu que le film en tirerait son épingle, eu égard aux merveilleux paysages de Louisiane qu'il nous montre, à la musique inhabituelle qu'il nous fait entendre et à l'ambiance moite, blème et délétère dans laquelle il nous plonge sans états d'âme. Les états d'âme seront pour les spectateurs, après. Ce film est une expérience sensorielle totale, une plongée dans les tréfonds de l'âme humaine, avec ses pics ensoleillés et ses abysses oppressantes, un voyage onirique ou cauchemardesque dans une sale histoire aux relents racistes. A ce titre, les visions des soldats confédérés de la Guerre de Sécession sont tout à fait dans l'ordre des choses, d'une part parce que la Guerre de Sécession reste un pan inamovible et séminal de l'histoire américaine et d'autre part parce que précisément les fondements de la Guerre de Sécession (que les américains nomment the Civil War, tout simplement et de la même façon très directe dont ils s'approprient rapidement en les regardant en face les évènements tragiques de leur courte histoire) sont le racisme et les différences culturelles entre les nordistes et les sudistes... Bref, j'ai adoré ce film poisseux comme un swamp de Louisiane, j'ai ressenti de la compassion (dont le sens éthymologique est souffrir avec) pour le personnage de Dave Robicheaux, le flic désespéré et rédempteur, j'ai tapé du pied en écoutant la musique Cajun délicieusement bluesy et surranée et j'ai subit un véritable KO émotionnel consécutif aux ambiances plombées et au côté spirituel du film de Bertrand Tavernier, qu'il convient de saluer ici. Seul bémol, je ne trouve pas l'affiche française du film très inspirée, je lui préfère de loin l'originale, mais je vous laisse juger puisque je colle en illustration de cet article les deux versions.

25 août 2008

DARK Knight

Lundi 25 août 2008 | Vu au cinéma, pour cause de temps libre et d'envie de retrouver le second épisode de la saga Batman-Bale, le film The Dark Knight, de Christopher Nolan. Quel film ! 2 heures 30 de noirceur extrème, de violence, de sensations fortes ! Un Joker inoubliable, un Batman qui n'a jamais été moins monolithique que dans ce volet sombre, une histoire qui tient la route, et surtout des références multiples à l'histoire récente des États-Unis : 11 septembre, réseau Échelon, raidissement du pouvoir et concentration de celui-ci, terrorisme. Toutes ces références donnent une profondeur à ce film, qui va batman-bibleman-poster.jpgdonc bien au-delà d'un simple blockbuster estival. Le bien contre le mal, toujours. Mais des personnages qui ne sont pas dichotomiques, qui suivent une évolution personnelle, qui souffrent, qui meurent, qui se sacrifient. C'est assez brillant d'un côté, et ça reste un pur divertissement avec toutes les règles du genre : scènes fortes, explosions à tout va, confrontations mémorables.

2 heures 30 qu'on ne voit pas passer. Et je me souviens de l'épisode 1, également réalisé par Christopher Nolan, et qui durait aussi quasiment 2 heures 30. Et qui fut tout aussi brillant. C'est une nouvelle naissance pour le Chevalier Noir de la galaxie DC Comics. C'est un film crépusculaire que ce Dark Knight, qui se prononce comme une nuit noire, comme un cauchemar sombre et anxiogène. Et que dire des personnages dits secondaires ? Le commissaire Gordon (Gary Oldman), le factotum de Batman, Alfred (Mickael Caine) et l'éminence grise qui fournit les équipements de l'homme chauve qui ne rigole pas, Fox (Morgan Freeman) ; on le voit, une gallerie impressionnante d'acteurs tous aussi bon les uns que les autres. Mention spéciale à l'acteur Heath Ledger, absolument exceptionnel dans le rôle du Joker, et qui éclipse carrément la composition de Jack Nicholson du tout premier Batman. Un Batman à ne pas manquer, que ce Dark Knight aussi sombre que jouissif.

24 août 2008

De Monaco... ou d'ailleurs

Dimanche 24 août 2008 | Après une journée de travail à la maison - repassage, ménage et passage en revue de mon courrier en retard - et un visionnage du dernier James Bond en date, dont je suis devenu fan après le lifting de la saga opéré par le nouveau réa et Daniel Craig (alias James Blond), je me suis mis en route pour Convention pour y prendre un verre à la Source et assister à la séance de la fameuse Fille de Monaco, dont pas mal de médias nous rebattent les oreilles en ce moment, y compris Europe 1, que j'écoute dorénavant tous les jours, et qui parraine le film. Après un agréable moment à la Source, direction le Gaumont tout proche pour voir ce que donne la rencontre Zem-Bourgoin-Luchini. Car il s'agit là moins d'un film choral qu'un film construit autour de ces 3 personnages et de leurs relations. Trois couples : Luchini-Bourgoin, Zem-Luchini et Zem-Luchini. Ménage à trois, ou quasiment, qui se termine par un complet retournement de situation assez bien vu. Une fille, deux garçons, plein de possibilités. On rigole aussi, moins que ce qu'on escompterait, mais l'on n'y perd pas au change puisque le film est aussi une réflexion sur les relations hommes-femmes ; entre fille-de-monacoo.jpgles valses hésitations d'un Luchini coincé et la libido libérée d'une Bourgoin qui semble taillée pour le rôle. Entre eux-deux, le garde du corps, qui occupe un rôle trouble et ambigü. Zem est chargé de garder le corps de Luchini, ce à quoi il faillira complètement puisque ce dernier tombe dans les filets, à son corps défendant, de la Fille de Monaco, délurée et d'une spontanéité improbable.

Outre les péripéties humoristiques et la jubilation déclenchée par un Luchini complètement happé et phagocyté par une présentatrice de météo érotomane, c'est la partie réflexion qui m'a interpellé. Le contraste entre le garde du corps tombeur et l'avocat qui oublie son corps au profit de la parole. Guère étonnant, donc, qu'il perde la voix lorsqu'il retrouve son corps... Il perd la voix, et aussi ses moyens, se fait envahir par une Louise Bourgoin omniprésente et oppressante, dont il trouve in fine le moyen de se débarasser. Où l'on comprend que trop de présence peut tuer l'amour. Et que dire du monolithique garde du corps, qui lui, est plus doué avec son corps qu'avec ses paroles, et qui donne des leçons à son protégé sur le passage à l'acte. Tout est simple, dit-il. Pas pour tout le monde. J'ai essayé d'en prendre de la graine, mais c'est loin d'être gagné. On passe donc un moment sympathique, empreint d'une certaine réflexion, par moment drôlatique, par moment triste, par moment poignant. Le résultat est tout à fait digeste, et assez recommandable. En plus, il y avait la bande-annonce du prochain James Bond avant le film.

07 juillet 2008

Fort SAGAN...

Dimanche o6 juillet 2oo8 | Après-midi de détente passée au club de tennis de Vaugirard, endroit atypique, hors du temps, presque anachronique, et terriblement agréable, pour qui, comme moi, y vient en visiteur indolent, passant du bon temps à jouer à la pétanque ou à boire un verre au soleil, entouré des courts de terre battue et des joueurs du dimanche dont les parties sont rythmées par une sonnerie qui affiche-Sagan-2007-4.jpgrappelle celles entendues dans les cours d'école... Après cet agréable interlude farniente, je rentre à la maison pour vérifier mes méls et me poser, puis me prends l'envie d'aller au cinéma ; ça faisait un bout de temps que j'avais envie d'aller voir SAGAN, biographie cinématographique de Françoise et non pas de Karl, dont j'avais retenu a priori (et après avoir vu la bande-annonce) l'épatante interprétation de Sylvie Testut. La semaine dernière, j'avais tenté, déjà, de voir ce film, mais j'étais arrivé trop tard et m'étais rabattu sur l'inoffensif La Personne au Deux Personnes...
 
SAGAN. Je savais que j'allais aimer, mais je ne me doutais pas que j'allais être secoué comme je le fus... Il n'y avait qu'á voir la tête que je faisait á la sortie du film et á compter le nombre de cigarettes grillées sombrement, pour se rendre compte de l'impact que le film eut sur moi, qui suis, certes, trés sensible aux émotions sur pellicule, qui résonnent subtilement en moi comme une clochette tibétaine au son cristallin et durable...
 
SAGAN. Un nom (d'emprunt) qui claque comme la bannière noire d'une femme pirate qui, toujours, fut libre et insoumise. Elle ne se fit dompter que par la drogue et une autre addiction, le besoin viscéral d'être entourée, toujours, jusque dans l'intimité et en dépit de son caractère parfois cyclothymique. 
 
SAGAN, sagace ; SAGAN, agaçante. SAGAN, talent. Le film nous donne á voir le parcours de cette écrivaine au succés foudroyant, qui fit paraître son premier roman á 18 ans, Bonjour Tristesse. Acte séminal qui ouvrira la route á moult autres succés et, partant, á moult excès. Le film fait la part belle aux sagan2.jpgellipses, bien évidemment ; comment résumer une vie - surtout celle-ci - en un peu moins de deux heures top-chrono ? On y retrouve les essentiels : les voitures, la liberté et l'anti-conformisme, la vie amoureuse tumultueuse, sa relation avec son fils mal aimé, son génie littéraire, sa vie mondaine, les drogues, l'alcool... Le film de Diane KURYS, á la mise en scène paradoxalement sage (on ne s'extasie pas devant l'inventivité de la réalisatrice), dispose d'un superbe thème musical, qui m'a beaucoup plu et mu... Mais ce que j'ai le plus aimé dans ce SAGAN, c'est son aspect presque philosophique ; le film est rythmé par la voix intérieure de Sagan, qui distille des pensées, des réflexions, des idées. Soliloques in petto á propos de sa vie, de ses relations, de son oeuvre... Et puis le film doit bien entendu beaucoup á Sylvie Testut, parfaite dans ce rôle qu'elle s'est approprié á force de mimétisme, pour in fine arriver á ne plus copier mais á intérioriser les tics, les mimiques, la démarche, les inflexions, les postures de l'écrivaine. Bravo. Mais plus que cela, qui représente déjà un tour de force, c'est toute l'émotion que Sylvie Testut fait passer qui m'a bouleversé. Ce mélange de vivacité d'esprit, d'intelligence et de sensibilité extrême ; Sagan, comme une équilibriste toujours sur le fil du rasoir, un être égocentrique mais généreux. L'alliance d'opposés qui, en elle, se fondent en un maelström inextricable et sagan.jpgfascinant. Le joli thème musical fait écho á la fameuse "petite musique" de Sagan, ce style inimitable qui l'a rendue populaire.
 
On voit Sagan travailler, boire du whisky, se droguer, croquer la vie á pleine dent, s'amuser, dépenser sans compter, écrire, souffrir... Ce qui m'a vraiment ému, aussi, c'est cette fuite en avant de Sagan, qui ne supportait pas d'être seule. Le film distille de belles pensées, de profonds et troublants aphorismes, á propos du théme de la solitude. Sagan dit aussi une chose qui m'a marqué : elle dit qu'écrire, c'est comme se confier á un(e) amant(e) intraitable, parfois on hésite, on doute, on n'ose pas, mais lorsque le courage et la force et la sincérité sont lá, alors l'écrit se fond avec la vie, et jamais le résultat ne peut être meilleur. Le film montre aussi la vivacité et l'impertinence et le sens de la répartie de Sagan. Á ce petit jeu, elle était imbattable, et je me suis régalé de ces mots d'esprit rafinés et subtils et drôlatiques. Mais, encore une fois, si je retourne voir ce film, ce sera pour les émotions qu'il suscite, ce sera pour la pétillance de Sagan telle qu'elle est rescussitée par Testut, ce sera pour souffrir de cette longue et inéluctable déchéance, ce sera pour pleurer lorsque Sagan place á dessein au cours d'un plateau de télevision le mot "lustucru" en signe d'amour pour son amie qui se meurt et regarde l'émission de sa chambre d'hôpital, ce sera pour apprécier les petites phrases pleines d'esprit que Sagan distillait du tac au tac, ce sera pour me délecter de cette petite musique si émouvante, se sera pour finalement me revigorer d'une grande fraîcheur d'esprit ! Ce Sagan, je l'ai apprécié comme on goûte un fin Champagne: il contient la force, la sensibilité, la douceur, l'impétuosité, la pétillance, la folie... et la profonde désespérance qui sourd, insidieuse et implacable, qui conduit inéluctablement á un ending pas happy du tout, fait de solitude et de peur et de détresse.

13 avril 2008

Cheuteumis ?

Dimanche 13 avril 2008 - J'ai tout de même succombé á l'appel du Nord, á l'appel des 17 millions de tickets vendus, á la curiosité : je suis allé voir les Ch'tis. Ce n'est pas un chef d'oeuvre de subtilité, mais au moins on se paye une bonne tranche de rigolade, pas tant d'ailleurs en raison d'un scénario relativement simple - mais efficace - que grâce au jeu trés juste et trés varié de Kad Merad. C'est lui qui porte le film, c'est lui qui fait marrer. Le reste, malgré ce qu'on peut trouver de qualités au film, n'est qu'une accumulation de clichés, qui font certes couleur locale dans ce film-lá, mais qui pourrait tourner  dans d'autres circonstances á du nationalisme ou á de la propagande, tellement la vision que Dany Boon 820058599.jpgnous offre de son Nord natal est monolithique et tellement le trait du sympathique et du positif est forcé. On avale sans broncher ces clichés (ou ces anti-clichés, ce qui revient au même) parce qu'ils sont enrobés dans du sucre candy.
 
La force du film, paradoxalement, c'est sans doute, justement, ce côté dichotomique, cette simplicité des relations : tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Ça fait effectivement un joli film, roboratif ; c'est complétement déconnecté de la réalité. C'est un film-Épinal et les images d'Épinal n'ont jamais prétendu décrire finement la réalité. On ne peut donc pas critiquer le film pour cette déconnection d'avec le réel, puisqu'il n'a pas cette ambition-lá.
 
C'est donc un peu comme le fameux chat de Schrödinger : Bienvenue chez les Ch'tis est tellement fait de grosses ficelles et d'humour peu subtil qu'il en est inintéressant car pas en phase avec le réel ; mais dans le même temps, il se passe un truc étrange, une rare alchimie sans doute, qui fait qu'on ne passe pas un mauvais moment. On rigole, on pleure presque aussi... La force du film, au-delá de tout aspect intellectuel, donc, c'est la précision du mécanisme émotionnel que Dany Boon actionne avec talent. Les séquences touchent presque á notre insu. Heureusement que ce miracle a lieu (choix des acteurs, ambiance de tournage, esprit de camaraderie, scénario efficace, etc.) On ressort plus humain, plus fraternel... et ça c'est la meilleure qualité pour une oeuvre populaire comme ce film qui parle au coeur plutôt qu'á la raison.

06 avril 2008

Haut les MAINS !

Dimanche 06 avril 2008 | Après quelques tergiversations d'usage, je vis finalement J'aurais voulu être un gangster, film de Samuël Benchetrit, film qui s'est révélé très humain, très poétique, très léger et donc très recommandable. Beau film en N&B, belle lumière, sublimes gros 1514329417.jpgplans emplis d'une tendresse particulière pour les acteurs et joli hommage à la femme du réa...  J'arrivai vers 19 heures aux abords du ciné, trouvai LoZange en train de fumer sa clope dans le froid et la pluie mêlée de  neige qui tombait avec un peu de retard sur Paris... Tel l'ineffable Charlie dans la série américaine Charlie's Angels, j'étais accompagné de 4 Drôles de Dames et aprés la séance nous allâmes boire un verre (enfin, deux ; enfin trois pour moi) au café où nous étions déjà allé après Paris. Deux des Drôles de Dames sont vite parties, et je suis resté avec Natouna et une certaine Mirlotte, à discuter du film et de diverses choses.
 
Je pensai que ce film, par quelques scènes se déroulant dans une banlieue anonyme, me rappelait fortement des films des années 70, tournés dans un Paris en plein travaux ; visions d'un Montparnasse en chantier dans Le Dernier Tango à Paris ; je retrouvai dans le film de Benchetrit des images d'Épinal de cette époque qui me vit naître, que je n'aurais pas connue consciemment, mais qui a laissé en moi une empreinte indélébile. Je peux ainsi rester scotché des longues minutes devant une photo de ce Paris révolu, de ces transformations urbaines surranées, et, ainsi, je pourrai revoir ce film avec une joie teintée de nostalgie noire et blanche.
 
Surprise de la soirée, un véritable Ch'ti de Calais à qui j'avais ouvert la porte du bar s'est pris d'une soudaine amitié pour moi (d'autant plus soudaine qu'il buvait des coups depuis 14h30 nous a-t-il raconté), et il est venu s'installer à notre table, me payant même un verre au passage ! On a discuté le bout de gras ensemble un bout de temps, et j'avais parfois l'impression pas si désagréable de revivre des scènes du Dîner de Con, mais en réalité c'était un type attachant, cet Éric... pas forcément très recommandable, mais attachant... et puis un peu d'imprévu, ça change tout ! Bien qu'un peu éméché, il n'était pas (trop) lourdingue, et nous passâmes (du moins je passai) une excellente soirée. Retour en taxi vers minuit. J'avais toujours rêvé d'être un gangster.

11 mars 2008

MR73 | Du lourd.

Mardi 11 mars 2008 | Journée de boulot à Clamart, tout se passe bien, je déguste ma pizza du mardi avec toujours autant de délectation. Je fais connaissance avec deux nouveaux apprenants. J'apprends une mauvaise nouvelle vers 16 heures : les listes de droite vont fusionner dans le Quinzième, rendant une victoire de l'équipe Hidalgo assez improbable... coup dur. Vers 17 heures 30 je me mets en route pour Meudon où je donne un cours d'informatique de 18 heures à 19 heures 30, puis je récupère un bus, un RER et un métro pour me rendre au Gaumont Parnasse où j'ai finalement prévu d'assister à l'avant-première du film MR73. J'arrive à 20 heures 20, la projection n'a pas encore débuté. J'avais réservé ma place sur internet depuis mon Centre de Ressources dans l'après-midi - bien m'en a fait, la salle est comble. Je trouve une place assise 1987547995.jpgau troisième rang, parfait, quand soudain j'entends mon nom derrière moi. C'est une Peupladienne qui m'a reconnu et avec qui j'échange quelques mots... Rhââ, la célébrité ! Sensation pas désagréable, ceci dit, je ne le cacherai pas... Soudain, l'équipe du film arrive, fatiguée d'avoir enchaîné entrevues et la première hier soir. Tous les acteurs sont là à l'exception de Daniel Auteuil. Quelques mots sous les applaudissements, et le film commence.
 
MR73, c'est du lourd. Du très lourd. C'est pas Peace & Love, cette affaire-là. C'est de l'humain, de la chair et du sang. Pas mal de sang. Pas mal de scènes assez macabres, pas mal de mal-être et pas mal de talent aussi. Jamais vu des acteurs fumer autant dans un film. Auteuil est tout simplement magistral dans son rôle de flic rongé par les remors et la culpabilité. Olivia Bonamy, en femme traumatisée, est nonobstant lumineuse. L'histoire est inspirée de faits rééls, comme le soulignera le réa après la séance. Olivier Marchal avait déjà commis le très bon 36, Quai des Orfèvres, que j'avais vu au cinéma Saint-Lambert, et adoré. Ici, il va encore plus loin dans la noirceur, dans le tourment indélébile et dans le côté sombre de la force (de police) ; L'ambiance de Marseille, dans son aspect interlope, délétère et sordide, est restituée avec réalisme. Le réa prend juste quelques libertés avec certains 399561580.jpgdécors, et les voitures de fonction des flics sont des Chrysler flambant neuves. Mais ce côté esthétique est assumé, ça lorgne avec bonheur du côté des films de truands américains, des westerns urbains que ne renierait pas un Michael Mann...
 
Et les acteurs sont sublimes, à commencer par celui qui innonde l'écran de son incroyable talent : Daniel Auteuil. Dès les premières images, il impressionne, vraiment. On dirait que le rôle a été écrit pour lui, alors de Depardieu était aussi sur les rangs. Ce flic alcoolique, puant, sale et désespéré, c'est une composition inoubliable. Film sur l'oubli impossible, les affres d'une perte irréparable. La descente aux Enfers d'un flic miné par la culpabilité, par la douleur de la perte de sa fille, par la soufrance engendrée par la situation végétative de sa femme, suite à un accident de voiture dans lequel il n'était pas, puisqu'il était ailleurs. Dans de beaux draps, mais pas aux côtés de sa famille décimée. Le film nous narre sa propension à se fourrer dans de sales draps, à être repris à l'ordre, à nager en eaux troubles. Pas de rédemption possible, sinon celle qu'il s'inflige lui-même. Noir, on vous dit. Plus noir que noir, d'ailleurs. La noirceur est palpable jusque dans la photo, les lumières sont crues, comme à l'approche d'une Apocalypse inévitable et salvatrice. Vous avez dit nihiliste ? Bref, un film torturé, marquant, traumatisant. Une perle noire comme on aimerait en voir plus souvent. J'adore ces amiances glauques et ces descentes aux Enfers programmées et cette noirceur amère. On en sort secoué, groggy, chancelant, marqué. Pas un film à voir un soir de blues. Le genre de film de genre qui ne nous épargne rien. Film-uppercut qui sonne plus sûrement qu'un direct du droit. Et l'instrument rédempteur, ce fameux MR73, pistolet des forces spéciales unique en son genre, plus beau qu'une femme dira même l'un des personnages... Je n'irai pas jusque là... MR73. Nul doute que ce chiffre-là, à l'instar du 36 du Quai des Orfèvres, portera chance à son réalisateur, lui-même ancien flic, et qu'est orfèvre aussi... Le film est inspiré d'histoires vraies, y compris le tout début, la scène d'ouverture magistrale qui nous plonge direct dans la psychologie suicidaire du anti-héros Auteuil. Il n'en est que plus frappant.

09 mars 2008

DIM | Cinélections

1192732298.jpgDimanche 09 mars 2008 | Soirée cinéma comme toutes les semaines. Cette fois-ci, ce sont des Femmes de l'Ombre qui ont nos honneurs... Après la soirée ciné, je file au Patronage Laïque pour la soirée électorale organisée par l'équipe de Anne Hidalgo. La Journée Internationale de la Femme lui portera-t-elle chance ?

02 mars 2008

Paris !

 podcast

1429009761.jpgVu ce dimanche 02 mars 2008, Paris, de Cédric Klapisch. Après l'avoir loupé la semaine dernière, notre groupe qui s'agrandit assista enfin à la projection, prise d'assaut, véritablement, par une horde de spectateurs sortis d'on ne sait où... Mes impressions sont plutôt bonnes, mais j'aime beaucoup ce genre de film, à la Lelouch (dont je suis fan), destins entremêlés pour le pire et le meilleur, tranches de vies parfois heureuses, souvent empreintes d'une certaine mélancolie existentielle, toujours émouvantes. 

Évidemment, le thème du film (Carpe Diem, Profite du Jour, ou, comme le clame la chanson du générique de fin, Seize the Day) n'est pas neuf, et a été décliné moult fois au cinéma comme ailleurs. Le charme du film tient à sa gallerie de personnages, dans lesquels chacun pourra se reconnaître un peu... L'idée de confier à un vivant en sursis le regard principal du film n'est pas mauvaise, Klapisch distille ainsi quelques scènes douces ou amères, tendres, émouvantes, sans tomber dans un pathos de mauvais aloi... Évidemment, à part la scène dans laquelle Romain Duris vomit dans ses toilettes aux côtés de sa soeur appelée en renfort in extremis, le spectateur ne rentre jamais dans l'intimité inévitable de souffrance et de douleur du personnage. Évidemment, de ce point de vue là, le film est partial, voire partiel. La douleur existe, comme la maladie, comme la mort. Mais, par petites touches impressionnistes, Klapisch fait prendre conscience à ceux des spectateurs qui n'ont pas vécu ou réfléchi à l'impermanence de la vie, ô combien celle-ci est immanente et ô combien il est important d'en profiter, d'en savourer chaque seconde. Le film, pour moi, remplit cette part du contrat. Je suis ressorti secoué, mais plus humain, plus désireux de croquer dans la vie... 

Et puis il y a Paris, c'est vrai. Ses rues, ses vues aériennes, la contemplation de ses immeubles aux fenêtres ouvertes sur un kaleïdoscope de fragments d'existences diverses, ses places, ses quartiers... Ses SDF, ses commerçants, sa bonne humeur, sa convivialité, ses endroits incontournables, sa mauvaise humeur, la neige blanche et pure qui tombe en doux flocons sur des regards émerveillés... Beaucoup de poésie, aussi, dans Paris

En conclusion, c'est un film qui trotte dans la tête, dont les thèmes s'immiscent dans l'esprit, c'est un film qui accomplit sa mission de prise de conscience tout doucement, sans effets démonstratifs, dans les affres et les joies de vies prises au hasard... Un Lelouch sans ses obligatoires improvisations, un Lelouch écrit, en quelque sorte. Un Paris réussi !

 

17 février 2008

Sentiments mitigés

Dimanche 17 février 2008 | Je suis allé voir La Fabrique des Sentiments au Balzac ce soir. Film pas inintéressant mais un peu vide d'émotions ; j'imagine que la forme un peu trop lisse renvoie au fond, description de nos solitudes urbaines dérisoirement comblées par les moyens modernes et souvent illusoires de 977a8ce92f33aec45599239109c815ac.jpgrencontre... Film un peu triste aussi, vision négative d'une certaine absence de communication et de l'isolement, au moins psychologique, qui en découle, et auquel je ne veux ni ne peux croire tout à fait...
 
Cela dit, je le connais, ce sentiment de solitude minant, usant et gangrénant, je pense juste que ce film est à moitié réussi. Disons que c'est un film-essai, un poil trop intellectuel ou clinique, et pas assez embarquant au niveau des émotions... Sentiments mitigés, donc, car au bout du compte, ce constat un peu amer laisse une trace qui signale tout de même une certaine vision et un certain talent. Et puis Elsa est assez mignonne dans son genre. Je boirais volontiers un cocktail speed-dating avec elle, même si je trouve le procédé assez peu séduisant et par trop artificiel - en tant qu'il induit une attente, une idée d'objectif, dont les rencontres amoureuses devraient être dénuées, puisque, on le sait bien, on n'est jamais plus déçu que lorsque l'on met trop d'attentes dans une rencontre ; le bonheur est avant tout intérieur, et il n'est guère surprenant que tant de gens soient seuls et déprimés (moi parfois le premier) puisqu'ils recherchent le bonheur dans une relation, dans une situation professionnelle, alors que nulle de ces choses ne peut l'apporter. Comme le dit un dicton bouddhiste :
 
Chercher le bonheur à l'extérieur de soi, c'est comme chercher le soleil dans une grotte orientée au nord.
 
Imparable.
 
Je crois que la raison pour laquelle, finalement, ce film ne m'a qu'à moitié intéressé, c'est cette erreur dans le postulat de départ, et  autant le manque d'esprit critique face à cette vacuité des sentiments (que l'on se fabrique soi-même pour ne pas à avoir à souffrir de leur absence, mais ce processus nous fait finalement doublement souffrir, puisqu'il repose sur une illusion) que l'absence de solution un tant soit peu spirituelle apportée. De ce point de vue, il est évident que le speed-dating est l'illusion suprême, tout comme les sites de rencontres, qui ne sont bons qu'à faire ce pour quoi ils sont conçus : faire se rencontrer des solitudes, qui ressortent fatalement renforcées par le fait qu'on ne peut contraindre les émotions, qu'on ne peut fabriquer de l'amour. Le film enfonce un peu des portes ouvertes, dresse un portrait  subtil mais désabusé d'une future desperate housewife, sans pour autant apporter la clé permettant de sortir de ce cercle vicieux et vicié.
 
Avec mes amies Curriculum, Vitae et Natouna, nous prîmes ensuite un pot au Café Pasteur, avec une Curriculum fraîchement rentrée du désert, bronzée et radieuse, l'esprit encore dans les sables marocains... Merci à toi pour le cadeau que je goûterai demain matin !

Toutes les notes